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ART ORIENTÉ objet

La petite fille aux amulettes

Marion Laval-Jantet de AOoOn pourrait dire que l’art sert, pour ceux qui le rêvent, à arrêter de dormir, voire à essayer de réveiller les autres, et que pour cela les artifices susceptibles d’être utilisés sont innombrables et on pourrait dire aussi : Marion Laval-Jeantet se promène entre plusieurs disciplines qui vont de l’expression artistique à l’ethnopsychiatrie et on pourrait dire aussi : Marion Laval Jeantet et le groupe Art Orienté objet entremêlent différents plans d’existence et au sein de cette réunion fabriquent des choses et capturent des animaux magiques dans l’astral qui se propulsent ensuite à travers des circuits transparents, et des entités-souvenirs s’incarnent dans des nounours qui sont des mamans-singes et d’ailleurs tout cela s’est peut-être joué dans d’autres temps et ce que nous en percevons dans ce qui nous semble aujourd’hui et maintenant n’est peut-être que l’émanation d’un songe tissé par un couple de prêtres à la peau bleue endormis sous des pyramides, à des années-lumière de notre espace-temps, avec lequel Marion et son groupe sont encore reliés.

On pourrait donc dire, finalement, qu’entre le rêve, l’absence de rêve et notre réalité il n’y a, de fait, qu’un seul et même monde et qu’il s’agit juste de cela, de les réunir et d’abolir l’illusion des frontières et donc de se réveiller tout en dormant ou de dormir tout en étant réveillé, et puis on pourrait dire aussi : c’est formidable l’art contemporain, ça fait bouger des choses dans le champ social et ça nous interroge sur le rapport qu’on a avec des tas de trucs de la modernité, et quand on dit ça il y a une silhouette qui passe au fond de la pièce vêtue d’un manteau en peau de bête et comme il y a aussi toute cette histoire de culture de peau dans un laboratoire expérimental de Boston avec ensuite des tatouages dessus qui ont fait la couverture d’Art Press et aussi les entrailles du lapin tricotés avec de la laine de Dolly la brebis clonée, on n’est plus très sûr de ce que justement nous évoque le mot modernité, si c’est forcément une structure en béton déshabillé et des choses futiles et vaines ou si c’est plus riche et plus complexe que ça, comme notre époque en fait, et du coup on ne sait plus trop sur quel pied danser et on regarde les maisons miniatures des horreurs en hochant la tête, et finalement on dit : c’est fort, non, en fait je crois que j’aime vachement, et en même temps on est un peu mal à l’aise, parce que la silhouette en manteau de bête est de retour et vous fixe bizarrement et dans le fond on est plus trop sûr que cette histoire de magie artistique soit vraiment de la blague.

VINCENT RAVALEC, 2002

lien vers le site AOo AOo sur le net

Expositions :

Trying Animals on me, 1996

11 April – 11 June 2002